Hexagon Voyance

La Papesse dans le Tarot de Marseille

La Papesse est le deuxième arcane majeur issu du Tarot divinatoire de Marseille. C’est une carte qui évoque une belle légende (ou un morceau d’Histoire ?), celle d’une femme qui se fit Pape en dissimulant son genre jusqu’à ce que sa maternité ne révéla la supercherie. Quand elle a une valeur positive, elle incarne la spiritualité, la germination, l’intériorité, la fécondité ou bien la détermination…

Nom : La Papesse. Type de carte : Arcane majeur. Position dans le jeu : 2. Description : Une femme assise tient entre ses mains un livre ouvert. Elle est vêtue de la pèlerine rouge, du pallium, qui est la bande de laine ornée (ici) de trois croix portée par le Pape, sa tête est surmontée de la tiare pontificale, ses cheveux sont couverts. Seuls son visage et ses mains sont découverts. Elle est tournée vers la gauche. Un cartouche dans la partie supérieure de la carte porte le chiffre romain II.

Interprétation de la Papesse

Cet arcane s’inspire d’une figure légendaire, celle de la papesse Jeanne qui aurait accédé à la plus haute dignité religieuse de la chrétienté en prenant l’apparence d’un homme, trompant tout son entourage avant d’être trahie par sa grossesse et ainsi démasquée. Ce personnage n’a selon toutes apparences jamais existé, mais cette carte est chargée de son image allégorique.

De par sa valeur numérique (la carte n°2 donc), la Papesse indique un stade de développement extrêmement précoce. Ce sont les balbutiements de la vie, la germination dans le sol chaud et humide, terreau favorable à toutes les possibilités. Elle contient tous les possibles, mais n’est pas encore tournée vers l’avenir. Elle contient une force naissante.

Pourtant, c’est une figure de la maturité : cette femme a atteint un âge mur, son développement spirituel et sa position dans le clergé sont ceux que n’atteignent ordinairement que les hommes faits. Pourtant, si l’on se réfère à la Papesse Jeanne, elle est encore en âge de porter un enfant, sa fécondité ne s’est pas éteinte. On voit ici la tension entre l’âge qu’elle affiche et le numéro d’arcane qui la surdétermine. Elle se résout par la gestation secrète : elle porte en elle une vie qui débute, tout en .

Elle dit aussi la détermination face aux obstacles : peu lui importe d’être surdéterminée par son genre et de ne pouvoir accéder au poste dont elle rêve, elle se travestira s’il le faut, dissimulera aux autres sa vraie nature et atteindra son objectif, ici noble et désintéressé.

Il faut garder à l’esprit toutes ses pistes d’interprétation quand on retourne cette lame lors d’un tirage.

La spiritualité

Cette figure religieuse, quasi mystique, symbolise la spiritualité dans toute son étendue, au-delà même de la seule religion. C’est la propension de l’esprit à se connecter aux valeurs morales, à la sagesse, à la méditation, à se recueillir et à penser de manière fructueuse. C’est une figure de l’introspection positive, capable de se nourrir de ses pensées et de s’élever grâce à elles.

Sa sagesse s’exprime le plus souvent par une économie de mots et de moyens, avec humilité et retenue. Sa clairvoyance ne se teinte jamais d’arrogance.

Son âme est marquée par le calme ; elle fait preuve d’équanimité en toutes circonstances.

N’oublions pas qu’elle porte la couronne du Pape, qu’elle tient un livre (la Bible ?), et que ce sont des éléments dont la symbolique religieuse est éminente.

La germination, la croissance souterraine

Certaines cartomanciennes, dont Marianne Costa, voient dans la Papesse une figure de la germination secrète, du développement souterrain. La Papesse peut en effet évoquer une création portée en soi, que l’on mûrit dans le secret de son esprit, et à laquelle on se dédie jour après jour silencieusement, l’améliorant peu à peu, la nourrissant.

Le chiffre 2 vient également donner un autre éclairage. Dans la numérologie du Tarot de Marseille vue comme une métaphore du développement de l’individu, le chiffre 2 renvoie à l’une des premières étapes de la vie, ce qui peut-être sur le plan du corps (l’embryon qui croit à l’abri dans le ventre de sa mère), ou sur le plan symbolique, celui par exemple de la création artistique (œuvre en cours), ou du projet professionnel.

Une figure de la féminité

Sa sagesse et son visage vénérable évoquent ceux de l’aïeule, dont l’autorité naturelle s’exprime par la douceur et le calme, celle qui est respectée de tous et dispense sa sagesse avec discernement.

Pourtant, c’est une figure de la féminité ambiguë, puisqu’elle dissimule son genre sous les vêtements d’un homme. Et son âge n’est pas déterminable. Ses traits sont couverts. Elle est assise, semblant recéler une forme de passivité, mais celle-ci renferme une activité

Signification au sein d’un tirage

Dans un tirage, la Papesse va éclairer et s’éclairer par le contexte : les cartes qui l’accompagnent vont révéler sa teneur. Bien que chargée d’une valeur éminemment positive, elle peut toutefois aussi être interprétée négativement.

On évoquait précédemment le lien entre la Papesse et le début La valeur numérale de la carte peut en effet justifier cette piste de lecture.

Valeur positive

Dans un contexte positif, cette carte porte une large palette de significations. La préparation minutieuse et réfléchie d’un mouvement, d’une action à venir et son accomplissement opiniâtre, contre vents et marées, au-delà des interdits en est une.

L’observation de la carte donne une indication supplémentaire sur la relation de cette femme aux savoirs. La Papesse tient un livre entre ses mains, mais son regard se perd dans le vague. Elle a donc assimilé ce que ce livre contient, et en médite les enseignements.

L’origine de ses savoirs provient donc des livres, mais sa connexion au divin (via la couronne pontificale) peut aussi faire d’elle une figure inspirée, qui a quitté des yeux le Livre pour être attentive à la parole divine. S’éloignant de la lettre, elle cherche à puiser sa sagesse à la source.

Valeur négative

Ce calme, quand il est absolu et quand aucune énergie ne semble animer la Papesse, peut renvoyer à l’immobilisme et la stérilité, à la frigidité (le corps froid, qu’aucune chaleur ni désir n’anime), à l’impuissance créatrice. N’oublions pas que ses cheveux, symbole de la liberté de la chair dans nombre de cultures, au lieu de se répandre en boucles sur ses épaules, sont dissimulés sous sa coiffe pontificale.

Son immobilité peut aussi passer pour de la rigidité. Dans un contexte négatif, la Papesse porte l’inflexibilité, la dureté que n’apitoie aucune circonstance. Non plus une figure de la douceur, de la commisération, mais plutôt celle, donc, de l’insensibilité.

Le regard qui est orienté vers la gauche peut aussi charger sa symbolique d’un conservatisme mortifère, d’une tendance passéiste qui va à l’encontre, et annule même, de la modernité dont elle est chargée. Selon cette valeur, agrippée au passé, cramponnée à une situation dont elle ne peut s’affranchir, la Papesse serait en proie aux ruminations. Cérébrale toujours, mais d’une intériorité qui tournerait à vide…